Rochers de lettrés |
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| Auteur : Laura WINCKLER Art et symbolisme |
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Sous l’inspiration de Confucius se développa un mode de recrutement de fonctionnaires qui n’était plus fondé sur la naissance mais sur les études et la compétence. Ainsi surgirent les lettrés qui recevaient une formation très ardue à la calligraphie et aux classiques. Ils étaient recrutés par le biais d’un concours impérial à partir de la dynastie Han (221 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.). Pour Confucius, ce métier était l’un des plus désirables et, en Chine, devenir fonctionnaire était un des trois bonheurs et signifiait être placé sous l’égide du Dieu des fonctionnaires. Ce fut le cas de Sept Sages qui éprouvèrent le besoin de se retirer du monde temporairement pour s’adonner aux activités qui épanouissaient leurs esprits : contempler la nature, jouer de la cithare, composer des poèmes, regarder des peintures et avoir des conversations entre amis sur des sujets philosophiques.
Ils furent un exemple pour les générations futures de lettrés. Parfois ils se retiraient à moitié dans leurs cabinets de travail, devenant des «reclus à demi», inspirés d’un courant taoïste qui disait qu’il suffit de disposer d’une «chambre pure» pour devenir un sage immortel, même en ville. Leur studio était fermé aux bruits du monde et donnait souvent sur un jardin intérieur. Le mobilier était choisi avec goût ainsi que tous les objets du lettré, parmi lesquels des pierres pouvaient prendre une place importante. Le moindre objet était choisi avec le plus grand soin pour sa perfection esthétique : du pot à pinceaux à la pierre d’encre ; du brûle-parfum à la longue cithare à sept cordes ou du sceptre ruyi au chasse-mouche, deux objets qui étaient des outils de discours. Qu’ils soient en bois ou en pierre, qu’ils imitent grottes et montagnes, ils étaient avant tout source d’inspiration et de communion avec la quintessence de la nature.
Les rochers, miniatures de la montagne
Pourquoi les rochers avaient une si grande importance ? Le commissaire de l’exposition, Catherine Delacour explique que les pierres portent en elles-mêmes un condensé de toutes les transformations du qi (le souffle primordial) à travers les alternances du yang et du yin. Ce sont les os de la terre, miniatures de la montagne. La dernière partie de l’exposition présente des œuvres contemporaines, en particulier celles de Liu Dan. La première est un dictionnaire chinois monumental peint à l’aquarelle. Le modèle est un mini-dictionnaire édité avant la Révolution culturelle. Cet emblème du savoir chinois, en langue chinoise non déformée par l’idéologie politique et l’usage de la technique occidentale de l’aquarelle, est celui de la foi profonde de Liu Dan, en un avenir qui s’appuierait sur la tradition, tout en la respectant et en lui offrant des perspectives d’ouverture, abolissant les frontières pour une création artistique.
C’est aussi le message que l’esprit des lettrés n’est pas mort en Chine et qu’après un fort déracinement et attrait pour l’Occident et la modernité, un retour aux sources peut se faire jour tout en s’adaptant à la réalité actuelle. Le jeu des alternances constantes des forces en mouvement du yin et du yang continuent à produire des concentrations du qi qui donneront à leur tour inspiration et force aux générations futures.
Exposition - Jusqu’au 25 juin 2012 Musée Guimet : 6, place d'Iéna - 75116 Paris Tel : 01 56 52 53 00 - www.guimet.fr
Voir article de Laura Winckler : La nature dans le miroir du Tao, revue Acropolis n° 203 Catalogue de l’exposition : Rochers de lettrés, Itinéraires de l’art en Chine, Ed RMN, 2012
Légendes des photos fournies par le Musée Guimet Photo n°1 : Écran de table enchâssant une pierre de Yun. Damo traverse la mer, Dynastie Ming, © DR Collection du studio Xiaogushan guan Photo n° 2 : Les Sept sages de la Forêt de Bambou. © Cultural Relics Press Picture Photo n° 3 : Pierre des neuf splendeurs. Collection du studio Xiaogushan guan. © DR Photo n° 4 : Bureau. Collection du studio Xiaogushan guan. © DR |
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