L’éveil intérieur dans la tradition hindoue |
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| Auteur : Marie-Agnès Lambert Sagesses |
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Déjà dans le ventre de sa mère, l’embryon humain possède en lui les potentialités et virtualités nécessaires à son évolution. Depuis la conception, la cellule se divise en milliards de cellules, pour former un futur être humain, lequel se développe patiemment, jour après jour pendant neuf mois, pour réaliser un enfant «achevé». À la naissance, celui-ci fait ses premiers pas dans le monde, développant petit à petit son corps, affinant ses organes au rythme de sa croissance et aiguisant ses facultés intellectuelles et spirituelles, grâce à une pédagogie initiatrice (1). Il faudra attendre entre vingt et vingt-huit ans pour que l’adulte commence à exprimer de façon autonome ce qu’il a lentement thésaurisé en lui.
Les sept plans de l’homme
Les traditions spirituelles orientales, notamment celle exprimée dans les Veda et qu’Helena Petrovna Blavatsky a compilées dans la Doctrine secrète (2), démontrent que l’homme est constitué de sept plans, correspondant aux sept plans de la Nature, hiérarchisés du plus matériel au plus subtil. L’objectif de l’être humain est de les actualiser et d’accélérer le mécanisme évolutif de l’humanité.
Les sept plans sont divisés en deux groupes (3). Le premier, appelé la personnalité, est constitué de quatre plans, exprime le «J’existe». Ils se dissolvent après la mort :
Stula Sharira : Le corps éthéro-physique Le deuxième, appelé la triade, est composé de trois facultés spirituelles et transcendantes, manifestation du «Je suis» :
Manas : l’intelligence universelle et altruiste du mental pur Ces sept plans s’interpénètrent entre eux et sont reliés de haut en bas par la conscience qui, tel un fil appelé Anthakarana, ou œil de l’âme (5) (équivalent en Orient au huitième aspect de Shiva) monte ou descend de l’un à l’autre, s’arrêtant tel un ascenseur à chaque étage selon l’expérience dont elle a besoin ou le besoin qui s’impose. Ainsi, l’être humain peut s’identifier à son corps physique ou à son énergie, être entièrement submergé par ses émotions ou sa raison, s’orienter vers des actions altruistes, et, dans de brefs instants, être en contemplation et unité avec lui-même, les autres et l’univers.
La maîtrise de la personnalité
Selon cette même tradition hindoue, l’objectif de tout être humain est d’arriver à maîtriser et harmoniser avec intelligence et mesure les quatre plans de la personnalité, pour que celle-ci devienne un canal pur d’expression de la triade et permette à l’être humain d’éveiller et de concrétiser des potentiels et virtualités latents. Ainsi un corps physique bien discipliné, entraîné, dirigé par une énergie bien canalisée, des émotions bien gérées et un mental positif et bien éduqué, permettent à l’homme de se consacrer à des dimensions altruistes et spirituelles, d’élargir son champ de vision et d’action. Au contraire, quand la personnalité est livrée à elle-même, elle est statique et cloisonnée, réduite au stade animal et entraîne l’homme dans une vision matérialiste et mesquine de lui-même et des autres. Les Anciens ont décrit la maîtrise de la personnalité par le travail de l’acteur sur le masque. Le masque est la personnalité, ce que nous montrons (persona) et derrière le masque, il y l’acteur (l’être) qui tire les ficelles. Mais parfois, c’est le masque qui domine l’acteur, alors que le travail de l’acteur est de diriger le masque pour que l’être intérieur s’exprime et que les potentialités se manifestent.
La transmutation de l’homme
Par un processus alchimique qui accélère l’évolution, la personnalité bien maîtrisée, devenue un canal d’expression adéquat pour la triade, se transmute. L’être humain ainsi accompli peut vivre des états de conscience reflétant davantage la volonté (Atma), l’Amour-Sagesse (Budhi) et l’Intelligence (Manas). Il dépasse ainsi la contradiction entre le matériel et le spirituel et accède à son être intérieur profond, dans une profonde unité. Il peut agir en toute intelligence et efficacité avec la tête (pensées), le cœur (sentiments) et les mains (actions).
Le combat intérieur
Une autre tradition, concrétisée par la Bhagavad-Gîtâ, (6) récit sacré de l’Inde, raconte le combat intérieur de l’homme, sa conquête de lui-même pour prendre en main sa destinée et son devenir. Arjuna, chef des Pandavas (symbolisant les vertus et le désintéressement), est un guerrier qui doit reprendre la ville céleste Hastinapura, détenue par les Kuravas, (représentant les instincts, la passion, les pulsions et la soif de pouvoir). Il est face à un terrible dilemme : sachant que les Pandavas et les Kuravas sont tous des membres de sa famille, doit-il se battre et prendre le risque de tuer sa famille ou ne rien faire et laisser la ville sacrée aux mains des kuravas, devenus ses ennemis ? Arjuna est aidé dans sa réflexion par un cocher, Krishna, qui lui enseigne tout au long de l’histoire l’existence des grandes lois de la nature et l’art du combat intérieur. Il l’incitera à prendre sa décision, celle de se battre et d’accomplir son destin en appliquant ces lois.
Le combat du bien contre le mal
Selon la Bhagavad-Gîta, chaque être est contraint à l’action. Dans ce récit, c’est le combat du bien contre le mal, de la lumière contre l’obscurité, du monde spirituel contre le monde matériel. Ce combat intérieur est également celui de la double nature matérielle et spirituelle en l’homme, qui souvent s’affrontent entre elles, à travers des choix et des finalités parfois contradictoires et opposés. Comment sortir vainqueur de ce dilemme apparemment inextricable ? C’est ici qu’interviennent les ressources intérieures latentes, les potentialités non exploitées qui permettront à l’homme d’assumer les épreuves, d’harmoniser ce qui en apparence semble contradictoire et de trouver en lui-même les qualités et les solutions nécessaires pour remporter la victoire. C’est le combat du héros, tel Héraclès ou le roi Arthur, qui, soumis à des épreuves et défis en lui et à l’extérieur, va à la rencontre de son destin et retrouve son véritable être intérieur. Après avoir remporté la victoire, l’être réalisé et transmuté intérieurement, revient auprès des siens pour faire don de son expérience et la mettre au service de la collectivité.
La créativité dans la crise
L’expression des potentialités latentes peut se réaliser également à l’occasion des crises, qu’elles soient individuelles ou collectives. En effet, les paradigmes anciens et habituels ne fonctionnant plus, il est utile, voire vital de trouver de nouveaux schémas de pensée, d’embrasser de nouvelles perspectives, pour rebondir, renaître et repartir dans l’action vers d’autres horizons. Pour que nous puissions devenir chaque jour meilleur, disait Jorge Angel Livraga, fondateur de Nouvelle Acropole dans le monde, nous devons d’abord nous confronter jour après jour à la réalité quotidienne. Face aux épreuves qui jalonnent l’existence, nous devons élargir notre vision, acquérir un nouvel état d’esprit et changer nos attitudes et nos comportements. Avec une bonne estime de soi et une bonne dose de confiance en soi, nous pouvons plonger en nous-mêmes, découvrir de nouvelles ressources, exploiter nos potentialités pour les faire émerger au grand jour et les appliquer dans l’action. Ainsi, face aux épreuves que nous avons remportées avec succès, nous nous transformons intérieurement, devenons moins dépendant des circonstances et sommes plus autonome et maître de notre devenir. Alors, pourquoi attendre ?
(1) Voir article de Marie-Françoise Touret sur la pédagogie initiatrice (2) Voir articles sur H. P. Blavatsky dans revue acropolis n° 209 (3) Voir schéma dans encadré (4) Voir article de Brigitte Boudon sur monade de Leibnitz (5) Lettres à Délia et Fernand par Jorge A. LIVRAGA, éditions Nouvelle Acropole, 1994 (6) La Bhagavad Gîtâ, traduction d’après Shri AUROBINDO, éditions Adrien Maisonneuve, 1984 |
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