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Martine Libertino

Auteur : Brigitte Roussillon et Brigitte Nardin

Rencontre avec

Une éducation au bonheur   Martine Libertino est philosophe, écrivain, artiste, thérapeute et enseignante. Selon elle, le rôle de la philosophie est d’aider les gens à mieux vivre sans se laisser submerger par les émotions de leur enfance mais en les intégrant. Pour en savoir plus, nous l’avons rencontrée chez elle, en Suisse, où elle a conçu une méthode d’éducation au bonheur et à la paix, accessible dès l’âge de six ans.

L’alphabétisation et l’éducation sont un droit que nous devons à tous les enfants mais l’éducation    philosophique et spirituelle est oubliée de nos jours. Pourtant elle est essentielle à la sauvegarde de nos valeurs et à ('équilibre de la société.

 

Acropolis : Comment vous est venue la nécessité de créer une école d’éveil philosophique pour les enfants ?

 

Martine Libertino : J’ai pris conscience que la paix dans le monde ne serait applicable que si l’on s’attaquait à la source du problème : le subconscient de l’homme. Nous devions donc agir dès le début de la scolarité. Face au désintérêt de l’Éducation Nationale, j’ai décidé de d’ouvrir mon école pour offrir aux jeunes une connaissance de leur fonctionnement émotionnel et des techniques de travail.

 

A. : En quoi consiste cette méthode ?

 

M. L. : Dans l’enfance, tout se met en place. L’enfant naît doué de qualités et de dons lui permettant un plein épanouissement mais il n’en a pas forcément conscience. Une connaissance parfaite de ce qu’il éprouve et de ses programmations émotionnelles lui est indispensable. Pourtant, ni le milieu familial ni le milieu scolaire ne lui permettent cet approfondissement. En effet, l’accumulation d’années d’études n’est pas un critère d’intelligence mais de connaissances intellectuelles. Par contre, l’école d’éveil philosophique, complémentaire au cursus scolaire, l’aide à découvrir et à aimer sa personnalité, à éduquer son subconscient et à se positionner face aux autres. Cette liberté de jugement lui donnera un pouvoir sur sa vie et il dépendra beaucoup moins du regard des autres. Il apprendra ainsi son «métier d’Homme» dans le respect des autres.

 

A. : Quelles sont les clés de compréhension de l’être humain ?

M. L. : Depuis que l’homme existe, quelle que soit sa culture ou sa religion, son régime politique ou son système économique, il vit un conflit intérieur et permanent entre la voix de sa conscience (1) et celle de son subconscient (2). «Écouter sa conscience» et «entendre son subconscient» sortirait l’homme de ce tiraillement entre les conseils prodigués par sa conscience et les automatismes émotionnels, peurs, doutes, colères, incompréhensions, de son subconscient.

Prenons cet exemple : si un enfant vient au monde avec une grande sensibilité et un besoin exagéré d’être aimé, par sa dépendance affective, il souffrira d’une programmation émotionnelle ; la peur d’être abandonné ou rejeté. Cette crainte attirera ce qu’il redoute dans tous les domaines, le conduira à négliger ses besoins et à se soumettre à son entourage. Il se détestera, ce qui engendrera frustrations, sentiment d’injustice et colère. Il vivra au travers du regard des autres, alternant  passivité et agressivité.

 

A. : Peut-on enrayer ce processus de programmations émotionnelles ?

M. L. : Bien sûr mais ce n’est pas facile. Il faut d’abord une prise de conscience avec l’acceptation de reconnaître les automatismes émotionnels que l’on met en place dès l’enfance. Nous apprenons aux enfants à assumer leur  personnalité et à aimer leurs qualités. Par des méthodes de travail très précises à mettre en pratique au quotidien, ils comprennent et suppriment ce qui les fait souffrir. Les principes d’éducation sont à peu près les mêmes pour les enfants et les adultes. Le but est d’apprendre aux enfants et aux jeunes à respecter leurs besoins et ceux des autres afin de reconnaître le rôle qu’ils seront aptes à jouer plus tard dans la société.

Si la société en est là aujourd’hui, c’est que l’être humain n’a pas conscience de ses besoins. Le subconscient n’a que des désirs à court terme. Cherchons à ne plus obéir à notre subconscient mais à écouter les besoins que notre conscience nous montre. Le besoin fondamental de l’homme est d’être heureux, c’est ce que sa conscience lui propose.

A. : Combien avez-vous déterminé de personnalités ?

 

M. L. : Dans mes livres sur La Philosophie de l’Être (tome 1 et 2), j’ai identifié neuf personnalités spécifiques de l’homme en fonction des qualités et programmations émotionnelles régissant les comportements : l’individualiste, le sensible, le communicatif, le persévérant, l’autonome, le responsable, le philosophe, le conquérant et l’idéaliste. Pour développer les potentialités inhibées la plupart du temps par les blocages  émotionnels, une prise de conscience et un patient travail sur soi permettront à ces neuf individualités de s’épanouir pleinement et de remplir leurs rôles dans la société.

 

A. : Comment se concrétise votre  enseignement ?

M. L. : J’ai mis en œuvre trois champs d’actions principaux : l’école d’éveil philosophique pour les jeunes, la formation de médiateur pour les adultes en Suisse et la formation de médiateurs pour la paix dans les pays en conflits ou sortant de conflits.

 

A. :  Qu’est-ce que l’école d’éveil philosophique pour les jeunes ?

 

M. L. : Ouverte en 2006, cette école accueille des enfants et jeunes entre six et vingt et un ans, pendant l’année scolaire, à raison d’une séance mensuelle de deux heures. Avant ou après le cours, l’animateur invite les parents au dialogue et les tient au courant des problèmes ou des progrès de l’élève car nous exigeons une étroite collaboration entre eux et nous.

L’enseignement se différencie en fonction de trois tranches d’âge : 6 -11ans ; 12 -15 ans ; 16 -21ans. Pour les plus jeunes, l'animateur travaille avec un ouvrage, Les contes imaginaires de Jonathan, que j’ai écrit pour initier l’enfant à se reconnaître dans les personnages. Les cours pour les adolescents se font sous forme de débats et discussions qui les aident à se connaître, à mieux communiquer et à comprendre leur rôle dans la société. Des objectifs mensuels et personnalisés sont donnés à chacun, mettant l’accent sur la résolution de cas concrets en lien avec les situations conflictuelles scolaires et/ou familiales.

La méthode se décompose en huit paliers d’apprentissages et quatre grands principes : principe de comportement, de mise en pratique quotidienne, d’éthique et de sagesse et de réflexion sur le monde.

 

A. : En quoi consiste la formation de médiateur ?

M. L. : Il s’agit d’une formation et d’une éducation à la paix destinée aux adultes. Elle répond aux besoins de toute personne engagée dans un travail à responsabilités, de relation d’aide ou tournée vers l’autre. La démarche éducative est basée sur les mêmes principes que pour les jeunes. À l’intérieur d’une famille, au sein d’une entreprise, d’une institution, d’un gouvernement, les qualités de médiation d’une personne permettent de transformer les conflits et les rapports de force en dialogues constructifs et en solidarité. Le rôle du médiateur nécessite une profonde motivation, une joie de vivre et un humour pour construire une société saine, pacifique et durable. Il lui faut une volonté d’acquérir la neutralité permettant de voir au-delà des apparences, d’anticiper sur les événements, de se positionner avec courage et d’admettre que toute personne reste libre de ses choix. Il doit être capable d’aider la société à être moins égoïste. Notre société souffre d’un égoïsme découlant d’un mauvais concept de la liberté. Elle est  également victime de son désir de facilité, d’un manque de rigueur et d’une propension au laxisme et à la lâcheté : ce qui la rend intolérante à toute dissemblance et remet en cause ses principes de justice et d’égalité.

 

A. : Quels sont vos projets ?

M. L. : Dans mon rêve de bâtir une société pacifiée par l’éducation à la paix et la médiation, j’ai créé  en 1998, l’association Duchamp-Libertino en dehors de toute ligne politique et religieuse, pour encourager l’entraide, la paix et la sagesse dans le monde. Par ce biais, je suis intervenue au cœur des zones de conflits avec une aide humanitaire au Kosovo (3), une pétition lors de la guerre en ex-Yougoslavie, des lettres ouvertes aux dirigeants de plusieurs pays.

Je travaille auprès de ministères de l’Éducation de pays africains (notamment la République du Congo) qui ont compris que la paix est dépendante de l’éducation menée dès l’enfance. J’ai également élaboré un projet-pilote pour l’éducation à la paix des adultes et des enfants qui est à l’étude pour le Kenya, en collaboration avec l’Association pour le Développement de l’Éducation en Afrique (A.D.E.A.) basée à Tunis. Par ses expériences passées, un peuple possède ses propres programmations émotionnelles et de ce fait, son inconscient collectif en fait un être unique. Mais il bénéficie également d’une conscience collective dont les potentialités d’amour, de liberté et de courage ne lui sont pas spécifiques puisqu’elles appartiennent à l’ensemble des habitants de la planète. Construire une société juste et responsable exige la connaissance de nos méandres émotionnels, de nos besoins fondamentaux et la motivation de servir pour le bien de tous et par amour de soi et des autres.

 

Propos recueillis par Brigitte Roussillon et Brigitte Nardin

 

(1) La conscience se souvient du passé, connaît le présent et les potentialités du futur. Elle sait et propose sans s’imposer. Elle est libre, aimante, sereine et déterminée, donc neutre et clairvoyante.

(2) Le subconscient ne se souvient que des épreuves du passé, en redoute les effets et imagine les revivre à l’infini. L’homme possède pouvoir et libre-arbitre, attire ce qu’il croit ou redoute ; il attirera les bienfaits de sa conscience ou subira les épreuves que son subconscient imagine.

(3) République non officielle de l’ex-Yougoslavie

 

À lire de Martine Libertino

Sauver notre société, utopie et réalité, éditions Duchamps, 2009, 184 pages, 19,50 €

Philosophie de l’Être, tome 1 et 2, éditions Duchamps, 1995 et 1999, 312 pages et 512 pages,

36,40 € et 39,80 €

Réflexions sur l’éveil philosophique de nos enfants à l’usage des parents et des enseignants, tome 1 et 2, éditions Duchamps, 2002 et 2007, 96 et 164 pages, 18.50 € et 19.50 €

 

Association Duchamps-Libertino

11, rue du Bourg-Dessus

CH-1248 Hermance/Genève - Suisse

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martinelibertino@sunrise.ch

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