Trouver son centre |
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| Auteur : Délia Steinberg Guzman Philosophie à vivre |
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Qu’est-ce que le centre ? «Centre» dérive d’un mot latin qui, à son tour, provient d’un autre, grec, qui se réfère à «l’aiguille» ou «pointe» avec laquelle l’extrémité du compas se plante pour dessiner une circonférence. De cette façon se clarifie pour nous, d’une part, l’idée du centre d’une circonférence, d’un cercle ou d’une sphère ; et d’autre part, celle de l’aiguille qui se plante avec fermeté en ce point de référence. Le centre est donc l’origine de tout ce qui s’ouvre à partir de lui, et il est le guide pour retourner aux sources. Comme le soleil, il indique le début et la fin du jour, de la lumière.
Le centre, cœur de l’univers et cœur de l’homme
Cette idée constitue une des bases essentielles des enseignements du sage Confucius. Le Centre, conçu comme cœur, tant dans l’univers que dans l’homme, est le droit chemin, la juste Loi, la marche qui jamais ne dévie de sa mission. C’est le sentier de la vie, le guide sûr qui oriente tous les êtres vers leur finalité, ce qui permet de comprendre le pourquoi de toutes les choses qui arrivent, depuis la petitesse de l’atome jusqu’à l’immensité de l’espace infini. Ce cœur humain, auquel nous voulons nous consacrer maintenant, n’est pas le siège des sentiments mais le lieu de la plus pure intelligence, celle qui peut échapper à la tyrannie des passions et envisager les idées élevées. C’est dans le cœur que demeure à l’état latent la Loi universelle. Dans la mesure où on atteint le fond du cœur, on découvre la Loi et ses multiples lois exprimées dans tous les plans de l’existence.
Trouver le centre
«Trouver le lieu central de notre être moral qui nous unit à l'ordre universel, constitue véritablement l'œuvre humaine la plus élevée». Ces mots du grand maître chinois nous poussent à entreprendre l’œuvre la plus importante de la vie : trouver le Centre, le cœur, la Loi qui exige une attitude cohérente avec le grand ordre, la conduite morale permanente qui trouve dans le ciel son inspiration et dans la terre sa base d’application. L’homme de cœur, allié au ciel et à la terre, est capable de créer. Non parce qu’il prend à sa charge la formation de l’univers, mais parce qu’il peut recréer mille et une fois ce qui a été conçu selon les Lois invariables. Ce même homme triple est celui qui peut conserver le créé, parce qu'il connaît les lois, les comprend et les respecte ; la destruction n’entre ni dans son cœur ni dans ses actions, au contraire il se laisse guider par la préservation de tout ce qui est doué d’éternité. Tant qu’il n’y a pas une claire conscience de ce que nous sommes et des buts que nous devons atteindre sur le chemin de l’évolution, le cœur reste.
Où est le centre de chacun ?
La réponse à cette question est relative, puisque, au-delà de l’idée archétypale du centre comme d’un phare immuable dans la marée de la vie, chacun a son propre centre là où il a sa propre conscience. «Imaginer» le centre dans des sphères spirituelles élevées est une chose, c’en est une autre de découvrir le véritable centre habituel pour, dans tous les cas, le faire monter un peu plus haut. Qu’est-ce qui indique notre centre ? La hauteur de la conscience. Si la conscience ne se sépare quasiment jamais du corps et de ses exigences, il est évident que le centre, dans ce cas, est dans le corps. Si la conscience s’occupe prioritairement à ressasser les préoccupations quotidiennes, avec leur suite de perturbations psychologiques et mentales, le centre sera dans les émotions, ou au mieux, dans des raisons passablement confuses. Si on arrive à se concentrer dans la lecture ou l’étude, le centre sera dans les idées qu’on capte. Si on vit intensément une expérience mystique, le centre se sera déplacé au plan du mental pur ou de l’intuition... En un mot : en tant qu’êtres humains, nous n’avons pas un centre fixe.
Le centre naturel de l’être humain dans le mental
Notre tâche consiste, par conséquent, à établir le point central idéal pour notre moment d’évolution, et comment faire pour maintenir la conscience dans ce centre, en évitant les oscillations presque permanentes auxquelles nous sommes soumis. Si on considère que le mental rationnel et intelligent est ce qui nous différencie des animaux, des plantes et des minéraux, il est évident que c’est là que se trouve le centre naturel des êtres humains. Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas des situations dans lesquelles la conscience s’arrêtera aux besoins du corps, ou aux fluctuations de la psyché, parce que nous ne pouvons nous détacher de ces véhicules d’expression. Ce qu’on cherche, par contre, c’est, à partir de l’intelligence mentale, pouvoir satisfaire aux besoins du corps et de la psyché. Plus qu’une «descente» de la conscience, il s’agit d’un «élargissement» de la conscience qui peut atteindre tous les plans sans abandonner son poste de vigie, sans quitter son propre niveau. Ce n’est pas la même chose de voir ce qui se passe au niveau de nos sentiments et de se laisser prendre par les sentiments, de ne pouvoir les contrôler ni sortir d'un état émotionnel.
Mieux connaître notre mental
Connaître sa manière de travailler, qui ne s’épuise pas dans le raisonnement mécanique ni dans celui qu’imposent les opinions que fait valoir la mode. Le mental travaille avec des idées, petites unités cellulaires qui peuvent entrer en relation les unes avec les autres grâce à leur nature commune. Le premier souci qu’il nous faut avoir est d’apprendre à mettre en relation les idées que nous possédons, au lieu de les garder dispersées et détachées les unes des autres. Pour cela, un idéal nous fournit les bases philosophiques fondamentales qui servent à appuyer chacune des idées que nous adoptons. Si l’édifice de nos idées possède des bases solides et qu’il est bien construit, même s’il est petit et simple, ce sera un bon édifice mental.
Séparer les idées des émotions
Bien que nous sachions que le mental s’associe habituellement très souvent aux émotions, nous devons essayer, sans tensions fictives artificielles d’emprunt, de séparer ce que sont les idées des émotions. Il suffit de distinguer jusqu’à quel point nous raisonnons en partant du «ça me plaît ou ça ne me plaît pas» ; si nous laissons de côté ces caprices, il ne nous restera que l’idée. Ensuite, si nous le voulons, nous pourrons analyser nos goûts et vérifier s’ils sont véritablement nôtres, s’ils sont des éléments adoptés par convention ou s’ils sont le fruit de nos peurs, de notre paresse psychologique, du désir de confort intérieur qui refuse tout effort soutenu. Lorsque le goût est en relation logique avec l’idée, alors le mental peut rester dans son centre et embrasser les sentiments qui accompagnent logiquement le processus de la pensée.
Éviter au mental la tyrannie du corps
Le mental est aussi victime de la tyrannie du corps, qui demande une part élevée d’attention. Il faut à nouveau faire la différence entre ce que «pense» le corps et ce que nous pensons nous-mêmes. Et sans dédaigner les exigences physiques, leur donner leur juste valeur et leur accorder ce qu’elles méritent, mais toujours depuis la hauteur du mental. Si nous perdons cette «cabine de contrôle», plus que des états mentaux comme centre de conscience, nous aurons des états d'âme, des états vitaux et des états physiques.
Le centre de chacun peut se situer dans le plan matériel, dans le plan vital, dans le plan sensible ou dans le plan intelligent. Mais le véritable Centre, celui qui nous correspond en tant qu’êtres humains est dans le mental. Voici ce que disent sur le sujet les vieux enseignements du Dhammapada (1) : «Les conditions dans lesquelles nous nous trouvons sont le résultat de ce que nous avons pensé, elles demeurent fondées dans le mental, elles sont forgées par lui...»
(1) Dhammapada : En sanscrit «vers du Dharma», un des textes du Canon pali, texte bouddhique (Tripitaka) contenant 423 versets répartis en 26 chapitres avec des maximes et des aphorismes.
Texte extrait de Philosophie à vivre, Délia Steinberg Guzman, Éditions Les Trois Monts, 2002 |
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